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Anthropic accuse Alibaba de copier Claude ou l’arroseur arrosé

Anthropic accuse Alibaba d’avoir interrogé Claude 28,8 millions de fois avec 25 000 faux comptes pour entraîner Qwen. Le pilleur pillé crie au vol.

J’ai lu la lettre d’Anthropic avec un sourire en coin, et je vais vous expliquer pourquoi. L’entreprise derrière Claude est furieuse, et ça se comprend. Dans un courrier adressé à des élus américains et à la Maison-Blanche, elle accuse le géant chinois Alibaba d’avoir mené la plus vaste opération de pillage jamais dirigée contre ses modèles1. Le procédé porte un nom feutré, la distillation. On interroge en masse un modèle puissant, on récolte ses réponses, et on s’en sert pour apprendre à un concurrent moins coûteux à l’imiter2. Vu d’Anthropic, ce sont des années de recherche et des milliards de dollars qui s’évaporent en quelques semaines. Vu d’un peu plus loin, c’est l’arroseur arrosé.

Illustration au trait sur fond terracotta, un visage de profil stylisé tend la main vers un motif circulaire blanc évoquant un atome ou une orbite.
Une illustration signée Anthropic, tirée de son site officiel.

Vingt-cinq mille faux comptes pour copier Claude

Les chiffres donnent le vertige. Entre le 22 avril et le 5 juin, des opérateurs liés à Alibaba et à son laboratoire Qwen auraient ouvert près de 25 000 faux comptes pour interroger Claude quelque 28,8 millions de fois. Ils brouillaient les pistes en passant par des serveurs intermédiaires, qui masquent l’origine des connexions3. Les questions visaient les talents les plus précieux du modèle, la programmation et le raisonnement dit agentique, sa capacité à mener seul de longues tâches sans qu’on le tienne par la main1.

Alibaba aurait ensuite nourri ses propres modèles Qwen avec cette moisson. Pour Anthropic, ça revient à transformer « des centaines de milliards de dollars d’investissement américain en une subvention massive pour nos concurrents géopolitiques »2. En gros, quelqu’un a passé six semaines à poser des questions à votre prof particulier pour ouvrir une école en face.

Quand la distillation devient une affaire d’État

On est loin du simple litige commercial. Anthropic a porté l’affaire devant le Congrès et la Maison-Blanche. Elle réclame des sanctions contre les laboratoires chinois, des contrôles plus stricts sur l’exportation des puces, et même une exception au droit de la concurrence pour que les entreprises d’IA partagent leurs renseignements sur les méthodes chinoises3. Le calendrier n’a rien d’anodin. La campagne se serait déroulée au mépris des avertissements de l’administration, peu après que Washington a verrouillé l’accès aux modèles Fable 5 et Mythos 54.

Alibaba dément en bloc. Le groupe se présente comme une société dirigée par un conseil indépendant, sans la moindre attache militaire, et il conteste d’ailleurs en justice son inscription sur une liste noire américaine2. C’est aussi la première fois qu’Anthropic vise un mastodonte chinois, après avoir pointé en février des acteurs plus modestes comme DeepSeek ou Moonshot1.

L’arroseur, l’arrosé et le reste

Et c’est là que mon sourire en coin arrive. Au moment même où Anthropic dénonce un vol « illicite, systématique et à l’échelle industrielle », elle se débat dans plusieurs procès qui lui reprochent d’avoir entraîné Claude sur des œuvres protégées sans rien demander à personne. Trois éditeurs de musique, Universal, Concord et ABKCO, lui réclament quelque trois milliards de dollars pour plus de 20 000 chansons utilisées sans licence. Un quatrième, BMG, estime carrément que toute sa valeur s’est bâtie sur des œuvres volées5. Anthropic plaide l’usage loyal, cette exception du droit américain qui autorise certains emprunts sans permission6. Alibaba pourrait lui retourner exactement le même argument, puisque distiller un modèle, au fond, c’est lire très attentivement ce qu’il veut bien répondre.

Je comprends la fureur d’Anthropic. Voir son travail aspiré par un concurrent a de quoi révulser n’importe quel créateur. Sauf que l’industrie qui crie aujourd’hui au pillage est la même qui a moissonné des livres, des articles et des chansons par millions pour fabriquer ses modèles, et qui continue en jurant que c’est le progrès. On ne peut pas faire de la copie un péché mortel quand elle nous vise et un détail technique quand elle nous arrange.

Tout ne se vaut pas pour autant. Un État qui orchestre une captation industrielle, ce n’est pas un poète qui s’inspire. Mais la prochaine fois qu’un grand modèle se pose en victime, on aura le droit de lui demander d’où venaient, au juste, les données qui l’ont rendu si précieux.

Notes

  1. Tom’s Hardware, « Anthropic claims that China’s Alibaba illicitly distilled its models from April to June 2026 » (en anglais), juin 2026. ↩ ↩2 ↩3

  2. Dawn, « Anthropic accuses Alibaba of mass AI capability theft » (en anglais), juin 2026. ↩ ↩2 ↩3

  3. Slashdot, « Anthropic Says Alibaba Must Be Punished For Largest Claude Cloning Attack » (en anglais), juin 2026. ↩ ↩2

  4. Ars Technica, « Anthropic claims Alibaba defied Trump to attack Claude and steal capabilities » (en anglais), juin 2026. ↩

  5. Music Business Worldwide, « Anthropic, fighting lawsuits over alleged copying of song lyrics, accuses Alibaba of copying Claude » (en anglais), juin 2026. ↩

  6. Le fair use américain, cousin lointain de notre droit de citation, en beaucoup plus élastique. Les juges y pèsent le but de l’emprunt, sa taille et le tort fait à l’original. L’IA générative est en train d’en tester l’élasticité jusqu’au point de rupture. ↩

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