Alba ou le jeu vidéo à quatre mains avec ma fille
Alba: A Wildlife Adventure est le jeu vidéo idéal pour un enfant de quatre ans, sans ennemi ni précipice. Ma fille tient la manette, je lis les dialogues.
Trouver un jeu vidéo auquel jouer avec une enfant de quatre ans, c’est une vraie expédition naturaliste. Ça tombe bien, c’est le sujet du jour. Presque tous les jeux reposent sur des ennemis qui foncent et des précipices qui attendent, et une motricité encore en chantier les rencontre toutes les dix secondes, croyez-en mon expérience de père. Puis on a lancé Alba: A Wildlife Adventure, et nos week-ends y ont gagné un rendez-vous.

Une île sans loup ni précipice
Alba est sorti fin 2020 chez ustwo Games, le studio de Monument Valley1. Le jeu envoie une petite fille en vacances chez ses grands-parents, sur une île méditerranéenne inspirée du littoral espagnol. Un promoteur rêve d’y remplacer la réserve naturelle par un hôtel de luxe, alors Alba et son amie Inés fondent une ligue de sauvegarde de la faune, et c’est vous qui faites tout le boulot. On arpente l’île librement, on photographie les animaux avec son téléphone pour les identifier, on répare les nichoirs, on ramasse les déchets et on soigne les bêtes mal en point.
Pas un ennemi, pas un trou où tomber, pas le moindre échec possible. Le studio décrit lui-même son jeu comme un « chillectathon »2, un mot-valise entre détente et collectionnite. Pour une fois, le marketing dit vrai.
L’écologie sans le sermon
Chaque animal photographié rejoint un carnet naturaliste. En gros, la promenade est une leçon de choses qui ne dit pas son nom. Ma fille apprend à distinguer les espèces et à viser calmement plutôt qu’à marteler les boutons. Le message sur la protection du vivant passe tout seul, sans qu’aucun personnage ne monte en chaire.
Et ça déborde de l’écran, puisque ustwo plante un vrai arbre pour chaque copie vendue ou téléchargée, dans un programme de restauration de mangroves à Madagascar mené avec Ecologi3. Le tout est classé PEGI 3, donc jouable dès la maternelle4. Franchement, c’est rare qu’une étiquette corresponde à ce qu’on vit manette en main.
La manette change de mains
On y joue sur PC, projeté sur la télé du salon, manette en main. À quatre ans, ma fille découvre encore comment orienter un personnage sans l’encastrer dans le décor. La plupart des jeux sanctionnent ça d’un écran de défaite avant même qu’elle ait compris ce qu’on lui reprochait. Ici, elle court où elle veut pendant que je joue les copilotes. Et comme les dialogues et les cinématiques restent courts, je les lui lis à voix haute, au lieu de les passer à toute vitesse comme je le ferais seul.
Nos sessions tiennent dans l’heure du week-end. À ce rythme, n’importe quel jeu de six heures devient un feuilleton d’une saison, et les débats sur la durée de vie font sourire. Je n’ai donc pas fini l’aventure. Mais le complétionniste qui sommeille en moi (d’un œil seulement) a déjà décidé qu’on la finirait à 100 %5.
Et la machine ne souffle même pas
Dernier bon point, les graphismes stylisés, qui feraient très bien sur Switch, se contentent d’une configuration modeste. Avec les centres de données qui font flamber le prix de la mémoire vive6, un jeu qui tourne sans broncher sur l’ordinateur qu’on a déjà, ça se salue.
Si vous cherchez un jeu à partager avec un tout-petit, denrée plus rare qu’un lynx ibérique, foncez sur celui-ci. J’en reparlerai sans doute avec d’autres titres du même esprit, d’autant que les progrès de ma fille ouvriront peu à peu des mondes plus exigeants. À moins qu’elle ne décrète un jour que son père est un compagnon de jeu dépassé et que les vidéos d’influenceuses valent mieux qu’une île pleine d’oiseaux. Il me reste quelques années pour plaider ma cause.
Notes
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La fiche Wikipédia du jeu (en anglais) : sortie le 11 décembre 2020 sur PC, Mac et iOS, portages consoles en juin 2021, et un Apple Design Award 2021 dans la catégorie impact social. ↩
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Le mot figure en toutes lettres sur la page Steam du jeu, souvent vendu au prix d’un café. ↩
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Le programme « Alba’s Forest », détaillé sur le site officiel (en anglais), vise le million d’arbres plantés avec Ecologi et Eden Reforestation Projects. ↩
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Classification vérifiable sur la Family Gaming Database, qui recense les jeux adaptés aux familles. ↩
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J’allais écrire « platiner », mais le platine n’existe que sur PlayStation. La pulsion, elle, est multiplateforme. ↩
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Sur cette pénurie mondiale de mémoire et l’envolée des prix qui l’accompagne, voir IEEE Spectrum (en anglais). ↩