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Xbox licencie et la Fed recrute sa patronne

Xbox supprime 3 200 postes le 6 juillet 2026, et la Fed confie trois jours après à sa patronne une task force sur l’emploi. Le calendrier a de l’humour.

Il y a des coïncidences qui me font rire jaune, et celle-ci tient en trois jours. Lundi 6 juillet, Asha Sharma, la patronne de Xbox, a signé la note interne que ses équipes redoutaient depuis des mois. « Notre activité n’est pas saine aujourd’hui », écrit-elle, avant d’annoncer 1 600 suppressions de postes immédiates, premières d’une charrette de 3 200 sur l’année1. Trois jours plus tard, la Réserve fédérale américaine la nommait à la tête d’une task force2 chargée de réfléchir à la productivité et à l’emploi3. Le calendrier a parfois un sens de l’humour que je ne lui envie pas.

Portrait officiel d’Asha Sharma, souriante en veste sombre sur fond neutre.
Asha Sharma, patronne de Xbox depuis février 2026 (photo Microsoft).

La plus grosse restructuration de l’histoire de Xbox

Au total, Microsoft supprime 4 800 postes, dont la moitié chez Xbox, étalés sur un an1. Sharma parle elle-même de « la restructuration la plus importante de l’histoire de Xbox ». Et sa note ne fait pas dans la dentelle, puisqu’on y apprend que la division perdait « 64 cents pour chaque dollar investi » une année ordinaire4. Dit autrement, plus on investissait, plus on perdait.

Quatre studios quittent le navire au passage. Double Fine et Compulsion Games reprennent leur indépendance avec leurs licences sous le bras. Undead Labs et Ninja Theory passent sous d’autres pavillons, avec de quoi finir leurs jeux en cours. Ça fait environ 350 personnes qui changent d’employeur du jour au lendemain4.

Vous avez une impression de déjà-vu ? C’est normal. Depuis le rachat d’Activision Blizzard fin 2023, Microsoft a enchaîné les vagues de licenciements, fermé Tango Gameworks et Arkane Austin, puis supprimé environ 9 000 postes à l’été 2025 en annulant Everwild et Perfect Dark5. À ce rythme, chez Xbox, la restructuration tient de la saison plus que de l’événement.

Le plus piquant, c’est que Sharma n’est en poste que depuis février. Elle vient de la division d’IA de Microsoft, est passée par Meta et Instacart, et n’avait jamais travaillé dans le jeu vidéo. Elle a succédé à Phil Spencer, figure de la maison pendant trente-huit ans, en promettant de « se réengager auprès des fans et des joueurs » et de ne pas « courir après l’efficacité de court terme »6. Cinq mois plus tard, l’efficacité de court terme a visiblement rattrapé tout le monde.

Une hémorragie qui n’épargne pas la France

Xbox n’est hélas que le dernier épisode d’une crise qui broie le secteur depuis quatre ans. Entre 2022 et mi-2025, le jeu vidéo a perdu environ 45 000 emplois dans le monde5. Et 2026 avait déjà bien entamé son quota avant Microsoft, avec un millier de postes supprimés chez Epic Games et quelque 400 chez Bungie. L’enquête annuelle de la GDC, la grande conférence des développeurs, donne l’échelle humaine du désastre. Un développeur américain sur trois dit avoir été licencié au cours des deux dernières années7. Dans n’importe quelle autre industrie culturelle, on parlerait de plan social national.

La France n’assiste pas à la tempête depuis la terrasse. Ubisoft, fleuron national, a bouclé son dernier exercice sur une perte record d’un milliard et demi d’euros. Une restructuration lancée en janvier a coûté environ 200 postes à son siège parisien et déclenché plusieurs grèves. En juin, nouvelle vague de 380 licenciements, et la fermeture des studios de Winnipeg et de Belgrade, après ceux d’Halifax et de Stockholm8.

Derrière chaque ligne de ces bilans, il y a des gens qui fabriquent les jeux qu’on aime, ceux qu’on ponce pendant des années et ceux qu’on transmet à ses enfants. Vous me pardonnerez de ne pas trouver le mot « rationalisation » à la hauteur.

Pendant ce temps, à Washington

Venons-en à l’ironie promise en titre. Jeudi 9 juillet, Kevin Warsh, le nouveau président de la Réserve fédérale, la banque centrale américaine, a annoncé cinq groupes de travail pour repenser sa politique. L’un d’eux, baptisé « Productivité et emploi », doit évaluer ce que les nouvelles technologies, IA en tête, font à l’économie, et rendre ses conclusions d’ici la fin de l’année. Trois personnes le dirigent, le capital-risqueur Marc Andreessen, l’économiste de Stanford Charles I. Jones et une certaine Asha Sharma3.

La même semaine, la même personne a donc supprimé 1 600 emplois et rejoint l’instance chargée de penser l’avenir de l’emploi. Le site Aftermath l’a relevé avec la délicatesse qu’on lui connaît9. Remarquez, le choix a sa logique. Qui mieux qu’une dirigeante venue de l’IA, en train d’automatiser et de tailler dans une division entière, pour expliquer à la banque centrale ce que la technologie fait à l’emploi ? Son jeu de données est très frais. J’aurais juste préféré que l’expertise s’acquière autrement qu’aux frais de 3 200 familles.

Reste à espérer que cette avalanche de mauvaises nouvelles s’arrête, ou au moins ralentisse. Les analystes veulent y voir un cycle qui touche à sa fin, et les chiffres de début 2026 suggéraient un léger mieux avant l’annonce de Microsoft10. J’ai envie de les croire, par optimisme autant que par égoïsme de joueur. En attendant, une pensée pour les 1 600 de lundi, et pour les 1 600 qui savent déjà que leur tour viendra. Eux n’auront pas besoin d’un groupe de travail pour mesurer l’impact des nouvelles technologies sur l’emploi.

Notes

  1. Fortune, « “Our business today is not healthy”, 1,600 Xbox employees among the 4,800 laid off by Microsoft » (en anglais), 6 juillet 2026. Les 4 800 postes représentent environ 2,1 % des effectifs de Microsoft. ↩ ↩2

  2. Un groupe de travail temporaire réuni autour d’une mission précise. Le terme anglais s’est imposé jusque dans les communiqués de la banque centrale américaine, c’est dire s’il est sérieux. ↩

  3. Réserve fédérale, communiqué officiel sur la composition des task forces (en anglais), 9 juillet 2026, détaillé par CNBC (en anglais). ↩ ↩2

  4. Aftermath, « Xbox Will Lay Off 3,200 Workers And Cut Four Studios Loose » (en anglais), 6 juillet 2026. ↩ ↩2

  5. L’encyclopédie tient une comptabilité macabre de la crise sur la page « 2022–2026 video game industry layoffs » (en anglais). On y retrouve les 1 900 licenciements de janvier 2024, les 650 de septembre 2024, le pic de quelque 15 650 emplois perdus en 2024, et les plus de 3 700 suppressions recensées en 2026 avant l’annonce de Microsoft, dont 680 chez Ubisoft. ↩ ↩2

  6. Microsoft, « Asha Sharma named EVP and CEO, Microsoft Gaming » (en anglais), 20 février 2026, et CNBC (en anglais) sur le départ de Phil Spencer. ↩

  7. Variety, « One-Third of U.S. Video Game Industry Workers Were Laid Off Over the Last Two Years » (en anglais), janvier 2026, d’après l’enquête State of the Game Industry 2026 de la GDC auprès de plus de 2 300 professionnels. ↩

  8. RTBF, « Restructuration massive d’Ubisoft », et Gameblog, « Ubisoft licencie 380 personnes et ferme deux studios », juin 2026. ↩

  9. Aftermath, « Xbox Boss Asha Sharma Appointed To Federal Reserve “Productivity And Jobs” Task Force The Same Week She Laid Off 1,600 People » (en anglais), 9 juillet 2026. Le titre fait à lui seul tout le travail. ↩

  10. Game Developer, « Data points to slowing layoffs, but doesn’t capture true harm to game industry » (en anglais), 2026. ↩

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