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L’arroseur arrosé, Anthropic accuse Alibaba de copier Claude
Anthropic accuse Alibaba d’avoir massivement aspiré les capacités de Claude pour entraîner Qwen, mais le pourfendeur du pillage en a lui-même beaucoup pris.
Anthropic est en colère, et ça se comprend. Dans une lettre adressée à des élus américains et à la Maison-Blanche, l’entreprise derrière Claude accuse le géant chinois Alibaba d’avoir mené la plus vaste opération de pillage jamais dirigée contre ses modèles[1]. Le procédé porte un nom feutré, la distillation, qui consiste à interroger en masse un modèle puissant pour en récolter les réponses et dresser un concurrent moins coûteux à les imiter[2]. Vu d’Anthropic, c’est voir des années de recherche et des milliards de dollars s’évaporer en quelques semaines. Vu d’un peu plus loin, c’est l’arroseur arrosé.

Vingt-cinq mille faux comptes pour copier Claude
Les chiffres avancés donnent le vertige. Entre le 22 avril et le 5 juin, des opérateurs liés à Alibaba et à son laboratoire Qwen auraient ouvert près de vingt-cinq mille faux comptes pour interroger Claude quelque 28,8 millions de fois, en brouillant les pistes derrière des réseaux de proxy[3]. Les requêtes ciblaient les compétences les plus précieuses du modèle, la programmation et le raisonnement agentique, autrement dit sa capacité à mener seul de longues tâches sans qu’on le tienne par la main[1:1]. De cette moisson, Alibaba aurait nourri ses propres modèles Qwen, ce qui revient, selon Anthropic, à transformer « des centaines de milliards de dollars d’investissement américain en une subvention massive pour nos concurrents géopolitiques »[2:1].
Quand la distillation devient une affaire d’État
La querelle dépasse de loin le litige commercial. Anthropic a porté ses accusations devant le Congrès et la Maison-Blanche, réclamant des sanctions contre les laboratoires chinois, un durcissement des contrôles à l’exportation des puces et une entorse au droit de la concurrence pour que les entreprises d’IA mettent en commun leurs renseignements sur les méthodes chinoises[3:1]. Le calendrier n’a rien d’anodin, puisque la campagne se serait déroulée au mépris des avertissements de l’administration, peu après que Washington eut verrouillé l’accès aux modèles Fable 5 et Mythos 5[4]. Alibaba dément en bloc, se présentant comme une société gouvernée par un conseil indépendant et sans la moindre attache militaire, et a par ailleurs attaqué en justice son inscription sur une liste noire américaine[2:2]. C’est aussi la première fois qu’Anthropic vise un mastodonte chinois, après avoir pointé en février des structures plus modestes comme DeepSeek ou Moonshot[1:2].
L’arroseur, l’arrosé et le reste
Reste la gêne que cette croisade laisse affleurer. Au moment même où Anthropic dénonce un vol « illicite, systématique et à l’échelle industrielle », l’entreprise se débat dans plusieurs procès qui lui reprochent d’avoir entraîné Claude sur des œuvres protégées sans rien demander à personne. Trois éditeurs musicaux, Universal, Concord et ABKCO, lui réclament quelque trois milliards de dollars pour plus de vingt mille chansons reprises sans licence, quand un quatrième, BMG, juge que sa valorisation entière s’est bâtie sur des œuvres volées[5]. Anthropic plaide l’usage loyal, le raisonnement même qu’Alibaba pourrait lui retourner, puisque distiller un modèle revient surtout à lire très attentivement ce qu’il veut bien répondre.
Là se loge tout le malaise. Je comprends la fureur d’Anthropic, car voir son travail aspiré par un concurrent a de quoi révulser n’importe quel créateur. Seulement, l’industrie qui crie aujourd’hui au pillage est la même qui a moissonné des livres, des articles et des chansons par millions pour fabriquer ses modèles, et qui continue en jurant que tout cela relève du progrès. On ne peut pas ériger la copie en péché mortel lorsqu’elle nous vise et en simple détail technique lorsqu’elle nous arrange.
Faut-il pour autant renvoyer tout le monde dos à dos ? Pas tout à fait, car un État qui orchestre une captation industrielle n’est pas un poète qui s’inspire. Mais la prochaine fois qu’un grand modèle se posera en victime, on aura le droit de lui demander d’où venaient, au juste, les données qui l’ont rendu si précieux. La distillation n’a peut-être rien inventé, sinon un miroir.
Tom’s Hardware, « Anthropic claims that China’s Alibaba illicitly distilled its models from April to June 2026 » (en anglais), juin 2026. ↩︎ ↩︎ ↩︎
Dawn, « Anthropic accuses Alibaba of mass AI capability theft » (en anglais), juin 2026. ↩︎ ↩︎ ↩︎
Slashdot, « Anthropic Says Alibaba Must Be Punished For Largest Claude Cloning Attack » (en anglais), juin 2026. ↩︎ ↩︎
Ars Technica, « Anthropic claims Alibaba defied Trump to attack Claude and steal capabilities » (en anglais), juin 2026. ↩︎
Music Business Worldwide, « Anthropic, fighting lawsuits over alleged copying of song lyrics, accuses Alibaba of copying Claude » (en anglais), juin 2026. ↩︎