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Midjourney rêve d’une IRM à la vitesse d’un spa
Connue pour ses images de synthèse, Midjourney promet de scanner votre corps en soixante secondes, à mi-chemin entre la radiologie et la séance de spa.
Il y a des reconversions qui laissent songeur. Midjourney, le générateur d’images que tout le monde associe aux portraits trop lisses et aux paysages impossibles, vient d’annoncer qu’il se lançait dans l’imagerie médicale. Pas un filtre ni un florilège de radios retouchées, mais une vraie machine qui prétend cartographier l’intérieur de votre corps en une minute, là où une IRM complète en réclame souvent plus d’une heure[1]. L’entreprise rêve d’une technologie « aussi puissante qu’une IRM et aussi anodine qu’un passage au spa »[2]. J’ai relu l’annonce deux fois pour vérifier que ce n’était pas, justement, une image générée.

Un générateur d’images qui s’attaque aux vôtres
Le principe ne doit pourtant rien à la génération d’images. On monte sur une plateforme qui s’enfonce doucement dans un bassin d’eau peu profond, le temps de traverser un anneau de capteurs, chacun se comportant comme un dauphin qui sonde son environnement par écholocation[2:1]. Un demi-million de ces pastilles grosses comme des grains de sable, tour à tour minuscules haut-parleurs et minuscules micros, bombardent le corps d’ondes sonores sous tous les angles, et de cette avalanche d’échos naît une carte de ce qui se trame à l’intérieur, sans rayons ni champ magnétique, en une soixantaine de secondes[2:2]. La technologie s’appuie sur les puces de Butterfly Network, sur lesquelles Midjourney a misé plus de soixante-quatorze millions de dollars[3], avec l’ambition de déployer cinquante mille appareils dans le monde d’ici 2031 et d’atteindre le milliard de scans par mois[2:3].
Son fondateur, David Holz, ne s’embarrasse d’aucune prudence et juge la machine « à bien des égards supérieure même aux IRM »[4], quand l’annonce, elle, promet qu’avec assez d’imagerie précoce le monde « éviterait 30 % des décès et 50 % des dépenses de santé »[2:4]. Rien que ça.
Le spa qui se rêve hôpital
C’est là que l’affaire devient déroutante. Le premier appareil n’ouvrira pas dans un hôpital mais dans un « Midjourney Spa », attendu fin 2027 près d’Union Square à San Francisco, un établissement de quelque deux mille trois cents mètres carrés où neuf ou dix scanners cohabiteront avec des saunas, des bains chauds et des bains glacés[4:1]. L’entreprise vante des « bassins de lumière dorée » qui caressent le corps et présente le scan lui-même comme un simple « effet secondaire » de la détente[2:5]. Tout le positionnement tient dans ce grand écart revendiqué entre la santé et le bien-être, séduisant sur le papier et franchement étrange dès qu’on s’y arrête, puisqu’on ne sait plus si l’on vend un examen ou une thalasso. Avouez que l’idée de débusquer une tumeur entre deux passages au sauna a quelque chose de vertigineux.
Une IRM sans IA, ni tout à fait une IRM
Reste la question qui fâche, celle des hallucinations qu’on redoute dès qu’une IA s’approche d’un diagnostic. Ironie de l’histoire, le scanner n’en emploie presque pas. Holz le reconnaît lui-même, « nous n’utilisons même pas encore d’IA là-dedans, juste du matériel et du logiciel franchement épatants »[4:2], et l’apprentissage automatique se borne pour l’instant à détourer et à étiqueter les organes sur l’image reconstruite, exactement ce que montre la capture ci-dessus[2:6]. La crainte d’une machine qui invente une lésion ne pèse donc pas sur l’imagerie, du moins tant que le diagnostic reste tenu à distance.
Le vrai malaise se loge ailleurs, à deux endroits. D’abord, l’étiquette « corps entier » flatte l’oreille tout en trompant, puisque les ultrasons ne franchissent pas la boîte crânienne et ne verront jamais le cerveau comme le fait une IRM[4:3]. Ensuite, passer des gens bien portants au scanner à la chaîne est une pratique que la médecine regarde de travers depuis longtemps, parce qu’elle multiplie les faux positifs et les découvertes fortuites qui débouchent sur des examens anxiogènes, parfois invasifs, le plus souvent inutiles[4:4]. Pour l’heure, ce prototype de première génération se borne à dresser des cartes de composition corporelle et devra encore convaincre la FDA avant de prétendre au moindre diagnostic[2:7].
Alors, enthousiasme ou inquiétude ? Les deux me semblent de mise. La prouesse d’ingénierie est bien réelle, et troquer une heure d’IRM bruyante et coûteuse contre une minute passée dans l’eau tiède a tout pour séduire. Seulement, entre la démonstration filmée et un dispositif que des radiologues accepteront de suivre, il reste un gouffre que ni la « lumière dorée » ni les superlatifs ne comblent, et l’on a déjà vu l’IA se faire applaudir pour une annonce spectaculaire bien avant le moindre produit. En attendant le verdict des autorités, je retiens surtout l’image d’un fabricant de rêves de synthèse qui veut désormais nous montrer, pour de vrai, ce que nous avons dans le ventre. Reste à savoir si nous tenons tellement à le voir.
Engadget, « Midjourney, the AI image generator, is developing a full-body ultrasonic scanner » (en anglais), juin 2026. ↩︎
Midjourney, « A New Era of Midjourney » (en anglais), l’annonce officielle de Midjourney Medical, juin 2026. ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎
Radiology Business, « AI lab Midjourney investing over $74M to launch whole-body ultrasound screening business » (en anglais), juin 2026. ↩︎
The Next Web, « Midjourney’s full-body scanner, big claims, no track record » (en anglais), juin 2026. ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎