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GPT-5.6 Sol, un soleil qui fait de l’ombre à Fable
OpenAI lance GPT-5.6 et son modèle phare Sol, au moment où Anthropic s’apprête à sortir Fable 5 de ses abonnements. Le calendrier n’a rien d’un hasard.
Jeudi 9 juillet, OpenAI a ouvert au public GPT-5.6, sa nouvelle famille de modèles, après deux semaines d’un accès restreint à quelques partenaires triés sur le volet[1]. Je ne commente pas chaque sortie de modèle, il en tombe une par semaine et le blog n’y survivrait pas, mais je suis d’un peu plus près Anthropic et OpenAI, qui restent chacun à la pointe dans leur domaine. Et cette fois, le calendrier mérite qu’on s’y attarde, puisque le 12 juillet, soit trois jours plus tard, Anthropic doit sortir Fable 5, son meilleur modèle, de ses abonnements. OpenAI vise le roi, et il vise au portefeuille.

Sol, Terra et Luna, l’astronomie selon OpenAI
La famille GPT-5.6 se décline en trois modèles aux noms d’astres, dont l’entreprise promet qu’ils désignent désormais des gammes durables plutôt que des versions jetables[1:1]. Sol, le vaisseau amiral, s’adresse au raisonnement avancé, au développement logiciel, à la recherche scientifique et aux agents complexes. Terra vise le travail quotidien en promettant les performances de GPT-5.5 pour moitié moins cher, tandis que Luna joue la carte de la vitesse et du prix plancher. Pour une entreprise qui a longtemps baptisé ses modèles comme des références de carte mère, ce soudain lyrisme astronomique fait plaisir à voir.
Le nerf de la guerre reste les tarifs. Sur l’API, Sol s’affiche à 5 dollars le million de tokens[2] en entrée et 30 en sortie, Terra à la moitié et Luna au cinquième[3]. Surtout, Sol est accessible dans ChatGPT dès l’abonnement Plus à 20 dollars par mois, la déclinaison Sol Pro restant réservée aux formules supérieures[4], et les trois modèles sont arrivés le jour même dans GitHub Copilot[5]. Retenez ces chiffres, ils donnent tout son sel à la suite.
Un détail de la sortie mérite qu’on s’y arrête, parce qu’il prolonge une histoire racontée ici même. L’accès restreint de fin juin s’est fait à la demande du gouvernement américain, un décret de juin obligeant désormais les éditeurs à soumettre leurs modèles les plus puissants trente jours avant leur sortie, et le département du Commerce a testé GPT-5.6 avant d’en autoriser la diffusion large[3:1]. OpenAI a manifestement retenu la leçon de la mésaventure d’Anthropic, débranchée d’autorité au mois de juin, et l’État installé dans la boucle dont je parlais la semaine dernière n’aura pas mis longtemps à devenir la procédure normale. Le lancement d’un modèle ressemble désormais à celui d’une fusée, revue de sécurité gouvernementale comprise, ce qui tombe bien vu les noms.
Des benchmarks au coude à coude, et alors
Sur le papier, le duel avec Fable 5 tourne au match nul. Le seul évaluateur neutre à avoir mesuré les deux modèles, Artificial Analysis, donne 60 à Fable et 59 à Sol sur son indice composite, un écart qui tient de la marge d’erreur[6]. Pour le reste, chacun brandit les chiffres qui l’arrangent, puisque Sol revendique 88,8 % sur Terminal-Bench 2.1 contre 83,4 % à Fable, quand Fable règne sur SWE-Bench Pro avec 80,3 % là où OpenAI s’abstient prudemment de publier un score[6:1]. Deux vendeurs, deux tables de mesure, et aucun benchmark[7] commun ou presque, ce qui rend la comparaison à peu près aussi rigoureuse qu’un concours de pêche où chacun ramène sa propre balance.
C’est l’occasion de redire une conviction, les chiffres ne font pas tout. Il y a quelques années, quand ChatGPT passait pour très supérieur à Claude, je n’ai jamais accroché à l’IA d’OpenAI, qui hallucinait davantage et suivait les consignes avec une désinvolture d’adolescent. Les benchmarks mesurent des épreuves, pas la sensation d’avoir en face un outil qui comprend ce qu’on lui demande, et cette sensation, chez moi, a toujours penché du côté de Claude. Un match nul sur les courbes peut très bien cacher un net vainqueur à l’usage, dans un sens comme dans l’autre.
Pendant ce temps, sur la planète Anthropic
Car le vrai terrain de la bataille est ailleurs, dans la manière dont chacun fait payer l’accès à son meilleur modèle. Anthropic a prévu de retirer Fable 5 de ses abonnements pour le réserver à des crédits prépayés, facturés 10 dollars le million de tokens en entrée et 50 en sortie, soit le double de Sol. L’échéance, fixée d’abord au 7 juillet, a déjà été repoussée au 12, et l’entreprise jure que ce retrait n’est qu’une mesure temporaire de capacité, le modèle devant revenir dans les abonnements dès que les machines suivront[8]. Je veux bien la croire sur l’intention, mais je ne vois pas dans quel monde le plan tient. Retirer son meilleur modèle des abonnements à l’instant précis où le concurrent glisse le sien dans une formule à 20 dollars, c’est offrir un argument commercial clé en main, et quand on a déjà prolongé une fois, il devient délicat de ne pas prolonger ad vitam aeternam. Comme quoi, la concurrence a du bon, surtout pour nous.
L’économie des deux offres penche d’ailleurs du même côté. Chez OpenAI, les tokens coûtent moitié moins et le modèle en consommerait moins à tâche égale[6:2], quand chez Anthropic il faut viser un forfait Claude Max à une centaine d’euros par mois au minimum pour ne pas percuter les limites au bout d’une heure, surtout quand on vibecode[9] un peu comme moi. J’adore ces modèles, j’y reviens toujours, mais j’avoue que la facture me fait parfois lever un sourcil.
Je garde donc mon abonnement Anthropic, par attachement autant que par habitude, mais OpenAI vient de frapper un coup qui remet la maison dans la course. Il faudrait que je prenne le temps de faire quelques infidélités pour tester Sol de mes propres mains, sur mes projets, mes consignes tatillonnes et mes sessions de code à rallonge, plutôt que sur les benchmarks des uns et des autres. Si l’essai m’apprend quelque chose, vous en lirez le compte rendu ici. Le Soleil a beau faire de l’ombre à la fable, rien ne dit encore lequel des deux m’éclairera au quotidien.
OpenAI, « GPT-5.6 » (en anglais), 9 juillet 2026, et « Previewing GPT-5.6 Sol » (en anglais), 26 juin 2026. ↩︎ ↩︎
Le token est l’unité de compte des modèles de langage, un fragment d’environ trois quarts de mot en moyenne. Les API se facturent au million de tokens lus (entrée) et produits (sortie). ↩︎
Engadget, « OpenAI gets permission to roll out GPT-5.6 to the public on July 9 » (en anglais), juillet 2026, et CNBC, « OpenAI to publicly release GPT-5.6 » (en anglais), 8 juillet 2026. ↩︎ ↩︎
9to5Mac, « OpenAI unveils ChatGPT Work agent, GPT-5.6 models now available » (en anglais), 9 juillet 2026. ↩︎
GitHub, « OpenAI’s GPT-5.6 Sol, Terra and Luna are now available in GitHub Copilot » (en anglais), 9 juillet 2026. ↩︎
Drawpie, « GPT-5.6 Sol vs Claude Fable 5: Cost, Benchmarks and What the Tests Actually Show » (en anglais), juillet 2026. ↩︎ ↩︎ ↩︎
Les benchmarks sont les batteries de tests standardisés qui notent les modèles sur le code, le raisonnement ou la culture générale. Chaque éditeur publie surtout ceux où il brille. ↩︎
The New Stack, « Anthropic gives Claude subscribers five more days with Fable 5 » (en anglais), juillet 2026. ↩︎
Le vibecoding consiste à programmer en décrivant ce qu’on veut à une IA qui écrit le code, en itérant à la conversation plutôt qu’à la main. Excellent pour la productivité, redoutable pour le compteur de tokens. ↩︎