La SGDQ 2026 est ma coupe du monde du speedrun
La SGDQ 2026 a récolté plus de 2,4 millions de dollars pour Médecins Sans Frontières. Ce qu’est le speedrun, pourquoi il m’impressionne plus que les Bleus.
Chaque été, j’attends ce rendez-vous avec une impatience que je réserve d’habitude à très peu de choses. Et sûrement pas à la coupe du monde de football qui se joue en ce moment sur le même continent, même si les Bleus y partent grands favoris1. Ce dimanche, la Summer Games Done Quick 2026 s’est ouverte à Minneapolis. Des joueurs venus du monde entier vont s’y relayer jour et nuit jusqu’au 11 juillet pour finir des jeux vidéo le plus vite possible, au profit de Médecins Sans Frontières2. Chacun sa grand-messe.

Finir un jeu vite, très vite
Le principe du speedrun tient en une phrase. On termine un jeu le plus vite possible, chronomètre en main. Tout le sel est derrière. Les coureurs s’affrontent dans des catégories aux règles précises. L’any%, où tout est permis tant que le générique de fin s’affiche. Le 100 %, qui oblige à tout ramasser. Le glitchless, qui interdit d’exploiter le moindre bug.
Le bug, justement, c’est l’outil roi. Des communautés entières passent des années à disséquer un jeu image par image et à provoquer des situations que les développeurs n’avaient jamais imaginées. Un jour, quelqu’un découvre qu’une bombe posée au bon pixel fait traverser un mur et gagner vingt minutes. Ces trouvailles s’assemblent en itinéraires que les coureurs répètent ensuite des milliers de fois, jusqu’à ce que leurs mains connaissent le jeu mieux que leur mémoire.
Sport ou art ? Je n’ai toujours pas tranché. Il faut la rigueur d’entraînement du premier et la créativité du second, avec en plus une recherche collective qui n’existe nulle part ailleurs, chaque record s’appuyant sur des années de découvertes partagées. Regarder quelqu’un jouer, ça peut déjà sembler bizarre. Alors regarder quelqu’un démonter méthodiquement un jeu que vous avez mis quarante heures à finir, je comprends que ça déroute. C’est pourtant le plaisir d’un tour de magie dont on vous montre les coulisses, et l’émerveillement reste intact, parce que le truc demande dix ans de pratique même une fois expliqué.
Une semaine de marathon pour la bonne cause
Depuis 2010, l’organisation américaine Games Done Quick monte deux grands marathons caritatifs par an, en janvier et en été, diffusés en continu sur Twitch et YouTube. Les spectateurs donnent pendant les courses, et leurs dons débloquent des défis, des parties bonus ou le droit de nommer le fichier de sauvegarde. En gros, un téléthon avec des manettes. Et ça marche au-delà du raisonnable. L’organisation a reversé près de 60 millions de dollars aux associations depuis ses débuts3, dont 2,44 millions en janvier dernier pour la prévention du cancer4.
L’édition qui vient de s’ouvrir a démarré avec un Donkey Kong Country 2 fini à 102 %, histoire d’annoncer la couleur. Le programme s’étale sur sept jours, et je vous préviens, il est déraisonnable.
Link’s Awakening, mon Everest de poche
Mon respect pour les coureurs n’a rien de théorique, parce que j’ai essayé. Mon terrain d’expérience, c’était The Legend of Zelda: Link’s Awakening, un jeu que j’ai poncé pendant des années et dont je croyais connaître chaque écran. La communauté y a documenté des raccourcis d’une élégance folle, dont un passage par la niche du chien qui téléporte Link à travers l’île5. Je pensais partir avec une longueur d’avance.
Bon. J’ai surtout découvert le gouffre entre finir un jeu les yeux fermés et le finir vite. Chaque écran a sa trajectoire idéale, chaque menu sa manipulation qui fait gagner une seconde, et l’ensemble exige une précision que mes mains ne m’ont jamais accordée. J’en suis ressorti avec un chrono inavouable et une admiration durable pour ceux qui tiennent ce rythme une heure durant, en direct, devant une salle comble.
Le speedrun parle aussi français
Longtemps réservé aux conventions américaines, le marathon caritatif a trouvé son porte-drapeau en France avec SpeeDons, animé par le streameur MisterMV. L’édition 2026 a réuni en mai à Lyon plus de 2,3 millions d’euros pour Médecins du Monde, un record national6. La discipline sort doucement de sa niche, et je compte bien y revenir dans d’autres articles, parce qu’aucune autre ne me fait ressentir ce mélange d’ingéniosité, de patience et de virtuosité.
Alors oui, la coupe du monde bat son plein et les Bleus ont une étoile à aller chercher, que je ne bouderai pas. Mais si un soir de cette semaine vous hésitez entre un match et un inconnu qui traverse les murs d’un jeu de votre enfance devant une salle en fusion, offrez cinq minutes au second. Vous risquez d’y laisser la nuit.
Mise à jour du 12 juillet. Rideau sur Minneapolis. La SGDQ 2026 s’est achevée samedi soir sur plus de 2,4 millions de dollars récoltés pour Médecins Sans Frontières7. Le compteur affichait moins de 1,5 million au matin du dernier jour, qui a donc rapporté à lui seul près d’un million et débloqué deux courses bonus au passage. Le public aussi sait finir vite.
Notes
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Les bookmakers placent la France en tête des favoris de ce Mondial à 48 équipes, disputé aux États-Unis, au Canada et au Mexique jusqu’au 19 juillet, comme le rapporte Eurosport. ↩
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Du 5 au 11 juillet 2026 au Hilton de Minneapolis, en continu sur Twitch et YouTube, comme le détaille Engadget (en anglais). ↩
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Soit 59,8 millions de dollars depuis 2010, selon Game Developer (en anglais). ↩
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L’Awesome Games Done Quick 2026, tenue à Pittsburgh en janvier, a réuni 2,44 millions de dollars pour la Prevent Cancer Foundation, comme le rapporte GameSpot (en anglais). ↩
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Les catégories, les règles et la fameuse niche du chien sont documentées sur speedrun.com (en anglais). Oui, la niche du chien est une information technique. ↩
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Exactement 2 344 688 euros récoltés du 7 au 10 mai 2026 à l’Amphithéâtre de Lyon, selon l’AFJV. ↩
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Le total, encore provisoire, frôlait 2,41 millions de dollars au lendemain de la clôture, comme le rapportent Eurogamer et Shacknews (en anglais). ↩