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SGDQ 2026, ma coupe du monde de speedrun
La Summer Games Done Quick 2026 vient de s’ouvrir à Minneapolis, et c’est l’occasion d’expliquer pourquoi le speedrun m’impressionne plus que la coupe du monde.
La Summer Games Done Quick 2026 s’est ouverte dimanche à Minneapolis, où des joueurs venus du monde entier vont se relayer jour et nuit jusqu’au 11 juillet pour finir des jeux vidéo le plus vite possible, au profit de Médecins Sans Frontières[1]. J’attends ce rendez-vous chaque été avec une impatience que je réserve d’ordinaire à peu de choses, et sûrement pas à la coupe du monde de football qui se dispute en ce moment sur le même continent, quand bien même les Bleus y partent grands favoris[2]. Chacun sa grand-messe.

Finir un jeu vite, très vite
Le principe du speedrun tient en une phrase, puisqu’on y termine un jeu le plus rapidement possible, chronomètre en main. Tout le sel se cache derrière cette phrase. Les coureurs s’affrontent dans des catégories aux règles précises, comme l’any% où tout est permis pourvu que le générique de fin s’affiche, le 100 % qui impose de tout ramasser, ou le glitchless qui interdit d’exploiter le moindre bug. Le bug, justement, est l’outil roi de la discipline. Des communautés entières passent des années à disséquer un jeu image par image, à provoquer des situations que les développeurs n’avaient jamais imaginées, à découvrir qu’une bombe posée au bon pixel traverse un mur et fait gagner vingt minutes. Ces trouvailles s’assemblent en itinéraires que les coureurs répètent ensuite des milliers de fois, jusqu’à ce que leurs mains connaissent le jeu mieux que leur mémoire.
Je ne sais toujours pas s’il faut ranger cette pratique du côté du sport ou de l’art, tant elle demande la rigueur d’entraînement du premier et la créativité du second, avec en prime une dimension de recherche collective qui n’existe nulle part ailleurs, chaque record s’appuyant sur des années de découvertes partagées. Regarder quelqu’un jouer peut déjà sembler curieux, alors regarder quelqu’un démonter méthodiquement un jeu qu’on a mis quarante heures à finir, je conçois que l’idée déroute. C’est pourtant le plaisir d’un tour de magie dont on vous montrerait les coulisses, l’émerveillement en plus, car le truc réclame dix ans de pratique même une fois expliqué.
Une semaine de marathon pour la bonne cause
Depuis 2010, l’organisation américaine Games Done Quick orchestre deux grands marathons caritatifs par an, l’Awesome Games Done Quick en janvier et la Summer Games Done Quick en été, diffusés en continu sur Twitch et YouTube. Les spectateurs donnent pendant les courses, et leurs dons débloquent des défis, des parties bonus ou le droit de nommer le fichier de sauvegarde, ce qui donne aux soirées un parfum de téléthon joueur. La formule fonctionne au-delà du raisonnable, puisque l’organisation a reversé près de 60 millions de dollars aux associations depuis ses débuts[3], dont 2,44 millions récoltés en janvier dernier pour la prévention du cancer[4]. L’édition qui vient de s’ouvrir s’est lancée avec un Donkey Kong Country 2 complété à 102 %, histoire d’annoncer la couleur. Le programme s’étale sur sept jours et je vous préviens, il est déraisonnable.
Link’s Awakening, mon Everest de poche
Mon respect pour les coureurs n’a rien de théorique, parce que je m’y suis essayé. Mon terrain d’expérimentation fut The Legend of Zelda: Link’s Awakening, un jeu que j’ai poncé pendant des années et dont je croyais connaître chaque écran. La communauté y a documenté des raccourcis d’une élégance folle, dont un passage par la niche du chien qui téléporte Link à travers l’île[5]. Je pensais partir avec une longueur d’avance, et j’ai découvert le gouffre qui sépare finir un jeu les yeux fermés et le finir vite. Le moindre écran a sa trajectoire optimale, le moindre menu sa manipulation qui économise une seconde, et l’assemblage exige une précision que mes mains n’ont jamais voulu m’accorder. J’en suis ressorti avec un chrono inavouable et une admiration durable pour ceux qui tiennent cette cadence une heure durant, en direct, devant une salle comble.
Le speedrun parle aussi français
Longtemps affaire de conventions américaines, le marathon caritatif a trouvé en France un porte-drapeau avec SpeeDons, porté par le streameur MisterMV, dont l’édition 2026 a réuni en mai à Lyon plus de 2,3 millions d’euros pour Médecins du Monde, un record national[6]. La discipline sort doucement de sa niche, si j’ose dire, et je compte bien y consacrer d’autres articles, parce qu’aucune autre ne me fait ressentir ce mélange d’ingéniosité, de patience et de virtuosité.
Alors oui, la coupe du monde bat son plein et les Bleus ont une étoile à aller chercher, que je ne bouderai pas. Mais si un soir de cette semaine vous hésitez entre un match et un inconnu en train de traverser les murs d’un jeu de votre enfance devant une salle en fusion, offrez cinq minutes au second. Vous risquez d’y laisser la nuit.
Du 5 au 11 juillet 2026 au Hilton de Minneapolis, en continu sur Twitch et YouTube, comme le détaille Engadget. ↩︎
Les bookmakers placent la France en tête des favoris de ce Mondial à 48 équipes, disputé aux États-Unis, au Canada et au Mexique jusqu’au 19 juillet, comme le rapporte Eurosport. ↩︎
Soit 59,8 millions de dollars depuis 2010, selon Game Developer. ↩︎
L’AGDQ 2026, tenue à Pittsburgh en janvier, a réuni 2,44 millions de dollars pour la Prevent Cancer Foundation, comme le rapporte GameSpot. ↩︎
Les catégories, les règles et la fameuse niche du chien sont documentées sur speedrun.com. Oui, la niche du chien est une information technique. ↩︎
Exactement 2 344 688 euros récoltés du 7 au 10 mai 2026 à l’Amphithéâtre de Lyon, selon l’AFJV. ↩︎