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Guild Wars 3, le MMORPG que je n’aurai pas le temps d’aimer
ArenaNet a annoncé Guild Wars 3 au Summer Game Fest, et le vétéran de MMORPG qui sommeillait en moi s’est réveillé d’un coup, vingt-cinq ans de souvenirs avec lui.
Les MMORPG et moi, c’est une grande histoire d’amour, même si elle a tourné ces dernières années au je t’aime moi non plus, une fille de quatre ans laissant peu de place aux soirées de guilde qui s’achèvent à deux heures du matin. Je soigne ça par le déni, en me répétant que ce n’est que partie remise, alors que je crains d’en avoir encore pour des années, mais l’espoir fait vivre. Et voilà qu’ArenaNet rallume tout, en annonçant Guild Wars 3 au Summer Game Fest[1], si bien que le vétéran que je croyais rangé des affaires s’est surpris à échafauder des plans de bataille avant même la fin de la bande-annonce.

Vingt-cinq ans de vies parallèles
Tout a commencé il y a environ vingt-cinq ans avec Ragnarok Online, ses sprites adorables et ses nuits trop courtes. Puis World of Warcraft est sorti en France et m’a englouti dès le premier jour, au point que mes études ont passé quelque temps sur le banc des remplaçants[2]. J’ai joué à très haut niveau dans une guilde compétitive qui a couru un temps dans la course européenne au progrès, de Vanilla à Burning Crusade environ, une époque où « raid à vingt heures » était la phrase la plus structurante de mon agenda.
Ma guilde et moi avons ensuite vieilli ensemble, en éclaireurs d’un genre qui se cherchait. Nous avons écumé Star Wars The Old Republic, dont les scénarios de classe restent pour moi parmi les mieux écrits du genre, puis AION et ses ailes, puis ArcheAge, dont j’ai adoré le commerce de ressources à transporter soi-même, le logement des joueurs et la piraterie, puisque tout convoi appelle naturellement son pillard. Et nous avons fini par poser nos sacs dans Guild Wars 2, alors que j’avais détesté le premier Guild Wars et ses zones instanciées[3], moi qui ne jure que par les mondes ouverts où l’on croise de vrais inconnus.
Le Monde contre Monde, ma madeleine fortifiée
C’est là que j’ai découvert le Monde contre Monde, un mode joueur contre joueur où trois serveurs s’affrontent une semaine durant pour capturer et tenir des forteresses à grands coups d’armes de siège[4]. On y défendait l’honneur de son serveur et, comme les serveurs européens étaient largement nationaux, celui de son pays, ce qui donnait aux batailles un parfum de coupe du monde permanente. La France y tenait d’ailleurs très bien son rang, et je me souviens encore de nos affrontements contre les serveurs espagnols et russes, adversaires féroces s’il en fut, qu’on retrouvait semaine après semaine comme de vieux rivaux de quartier.
Construire un trébuchet à quatre heures du matin pour reprendre un fort en sous-effectif ne sert à rien dans une vie, et c’est sans doute pour cela que je n’en garde que de bons souvenirs.
Ce qu’on sait de Guild Wars 3
ArenaNet reste avare en détails, mais le menu a de quoi affamer. Guild Wars 3 se déroule à Orr, environ mille ans avant le premier épisode[5], une Orr verdoyante et bien vivante que les anciens de Guild Wars 2 ont surtout connue engloutie et peuplée de morts-vivants. On y incarnera un Gardevael, gardien des lieux, dans un MMORPG d’action qui promet un système de déplacement à base d’élan, de glisse, de chevauchée et de course murale, jouable en solo comme en coopération[1:1]. Le jeu sortira sur PC et, première pour la licence, sur PlayStation 5, avec une bêta annoncée pour l’automne 2027[1:2].
Surtout, le studio a confirmé qu’il n’y aurait ni abonnement ni passe de combat, son patron Colin Johanson promettant de s’en tenir au modèle de la licence, le jeu acheté une fois, financé ensuite par des extensions et de la boutique cosmétique[6]. Il explique vouloir éviter les mécaniques qui piègent le joueur, et je trouve la position d’autant plus louable qu’elle me correspond enfin. Avec mon temps de jeu en peau de chagrin, un abonnement revient à payer un loyer pour un appartement où l’on ne dort jamais, tandis que je paie volontiers un skin que personne ne regardera, pour soutenir les développeurs et me faire plaisir, dans cet ordre les bons jours.
Rendez-vous donc à l’automne 2027 pour la bêta, où je compte bien commencer une aventure que je n’aurai jamais le temps de continuer. Mais rêvons un peu, ma fille aura six ans à ce moment-là, et il paraît qu’on recrute tôt dans les bonnes guildes.
L’annonce et les premières informations viennent du site officiel et du communiqué de presse (en anglais) publié pour le Summer Game Fest 2026. ↩︎ ↩︎ ↩︎
Si je pouvais remonter le temps, je dirais bien à mon moi de l’époque d’être un peu plus raisonnable. Il ne m’écouterait pas, il a un raid à vingt heures. ↩︎
Le premier Guild Wars (2005) n’instanciait pas que les donjons mais l’intégralité des zones d’exploration, si bien qu’on n’y croisait jamais personne en dehors des villes. Ses défenseurs y voyaient un confort, j’y voyais un monde fantôme. ↩︎
Le Monde contre Monde sur le wiki officiel de Guild Wars 2. Le serveur français Vizunah Square s’y est taillé une réputation européenne dès les premiers mois du jeu. ↩︎
PC Gamer, « ArenaNet announces Guild Wars 3 » et MMORPG.com, « Guild Wars 3 officially announced, set 1,000 years before original GW » (en anglais), juin 2026. ↩︎
Massively Overpowered, « Guild Wars 3 won’t feature a subscription or battle passes, Colin Johanson reassures fans » (en anglais), 8 juin 2026. ↩︎