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Alba, ma fille et moi, un jeu vidéo à quatre mains
Pourquoi Alba: A Wildlife Adventure est le jeu rêvé pour jouer avec une enfant de quatre ans : monde ouvert sans danger, faune à photographier, zéro sermon.
Trouver un jeu vidéo auquel jouer avec une enfant de quatre ans relève de l’expédition naturaliste, ce qui tombe bien vu le sujet du jour. La production vidéoludique repose en effet presque entièrement sur des ennemis qui foncent et des précipices qui attendent, deux obstacles qu’une motricité encore en chantier rencontre toutes les dix secondes, croyez-en mon expérience de père. Puis nous avons lancé Alba: A Wildlife Adventure, et nos week-ends y ont gagné un rendez-vous.
Une île sans loup ni précipice
Sorti fin 2020 chez ustwo Games, le studio à qui l’on doit Monument Valley[1], Alba envoie une petite fille en vacances chez ses grands-parents, sur une île méditerranéenne inspirée du littoral espagnol. Un promoteur rêve d’y remplacer la réserve naturelle par un hôtel de luxe, si bien qu’Alba et son amie Inés fondent une ligue de sauvegarde de la faune dont vous devenez la cheville ouvrière. On arpente l’île en toute liberté, on photographie les animaux avec son téléphone pour les identifier, on répare les nichoirs, on ramasse les déchets et on soigne les bêtes mal en point. Pas un ennemi, pas un trou où tomber, pas le moindre échec possible, et le studio décrit lui-même son jeu comme un « chillectathon »[2], mot-valise entre détente et collectionnite qui résume honnêtement le programme.

L’écologie sans le sermon
Chaque animal photographié rejoint un carnet naturaliste, si bien que la promenade se double d’une leçon de choses qui ne dit pas son nom. Ma fille apprend à distinguer les espèces, à viser calmement plutôt qu’à marteler les boutons, et le message de fond sur la protection du vivant passe sans qu’aucun personnage ne monte jamais en chaire. Ce discours déborde d’ailleurs de l’écran, puisque ustwo plante un arbre réel pour chaque copie vendue ou téléchargée, au profit d’un programme de restauration de mangroves à Madagascar mené avec Ecologi[3]. Le tout est classé PEGI 3, autrement dit jouable dès la maternelle[4], et pour une fois l’étiquette correspond à ce qu’on vit manette en main.
La manette change de mains
Nous y jouons sur PC, projeté sur la télévision du salon, manette en main. À quatre ans, ma fille découvre encore comment orienter un personnage sans l’encastrer dans le décor, apprentissage que la plupart des jeux sanctionnent d’un écran de défaite avant même qu’elle ait compris ce qu’on lui reprochait. Ici, elle court où bon lui semble pendant que je joue les copilotes, et comme les dialogues et les cinématiques restent courts, je prends le temps de les lui lire à voix haute au lieu de les passer frénétiquement comme je le ferais en solitaire.
Nos sessions tiennent dans l’heure du week-end, rythme qui transforme n’importe quel jeu de six heures en feuilleton d’une saison et qui relativise beaucoup les débats sur la durée de vie. Je n’ai donc pas terminé l’aventure, mais le complétionniste qui sommeille en moi (d’un œil seulement) a déjà décidé qu’on la finirait à 100 %[5].
Et la machine ne souffle même pas
Dernier bon point, les graphismes stylisés, qui évoquent une production Switch, se contentent d’une configuration modeste. À l’heure où la demande des centres de données fait flamber le prix de la mémoire vive[6], un jeu qui tourne sans broncher sur l’ordinateur qu’on possède déjà mérite d’être salué.
Si vous cherchez un jeu à partager avec un tout-petit, denrée plus rare qu’un lynx ibérique, je ne peux que vous recommander celui-ci. J’en reparlerai sans doute avec d’autres titres du même esprit, d’autant que les progrès de ma fille ouvriront peu à peu des mondes plus exigeants. À moins, bien sûr, qu’elle ne décrète un jour que son père est un compagnon de jeu dépassé et que les vidéos d’influenceuses valent mieux qu’une île pleine d’oiseaux. Il me reste quelques années pour plaider ma cause.
La fiche Wikipédia du jeu (en anglais) : sortie le 11 décembre 2020 sur PC, Mac et iOS, portages consoles en juin 2021, et un Apple Design Award 2021 dans la catégorie impact social. ↩︎
Le mot figure en toutes lettres sur la page Steam du jeu, souvent vendu au prix d’un café. ↩︎
Le programme « Alba’s Forest », détaillé sur le site officiel (en anglais), vise le million d’arbres plantés avec Ecologi et Eden Reforestation Projects. ↩︎
Classification vérifiable sur la Family Gaming Database, qui recense les jeux adaptés aux familles. ↩︎
J’allais écrire « platiner », mais le platine n’existe que sur PlayStation. La pulsion, elle, est multiplateforme. ↩︎
Sur cette pénurie mondiale de mémoire et l’envolée des prix qui l’accompagne, voir IEEE Spectrum (en anglais). ↩︎