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MapTap, deviner le monde un point à la fois
MapTap est un jeu de géographie quotidien où l’on pointe cinq lieux sur un globe, et chaque réponse se double d’une petite leçon d’histoire qui reste.
Il y a les rituels qu’on se choisit et ceux qui vous adoptent sans prévenir. Le mien, depuis une semaine, tient dans la minute qui suit le café, le temps de poser cinq points sur un globe et de mesurer l’étendue des dégâts que les années ont infligés à ma géographie. Ce jeu s’appelle MapTap, il se joue aussi bien dans un navigateur que sur téléphone, et il a obtenu de moi ce qu’aucun atlas n’avait jamais réussi, me faire réviser la carte du monde de bon matin et avec le sourire.

Cinq lieux, un globe et soixante secondes
Le principe tient en une poignée de gestes. Chaque jour, MapTap propose cinq lieux à retrouver, le plus souvent des villes, parfois le théâtre d’une bataille ou d’un événement marquant, tous reliés à une même date puisque le jeu pioche dans ce qui s’est passé ce jour-là au fil des siècles[1]. À vous de faire tourner le globe en 3D et de poser le doigt, ou le curseur, là où vous croyez que l’endroit se cache. Le jeu vous attribue alors une note de zéro à cent selon la distance qui sépare votre point de la bonne réponse, si bien qu’une erreur de quelques kilomètres rapporte presque autant qu’un sans-faute.
La difficulté grimpe à mesure que l’on avance. La première question vous offre en général une capitale que tout le monde situe les yeux fermés, quand la dernière vous égare au milieu du Pacifique, sur une île dont vous ignoriez l’existence une minute plus tôt[2]. Comme les ultimes manches comptent double ou triple, le score final se lit sur mille points, et dépasser les neuf cents tient déjà du beau parcours. Rien ne vous oblige d’ailleurs à connaître le nom exact du lieu, puisqu’il suffit de tenter une approximation et de lire, dans l’écart annoncé, la leçon de géographie que vous n’aviez pas demandée.
La leçon qui arrive après coup
C’est là que MapTap se distingue d’un simple quiz. Une fois vos cinq points posés, le jeu déroule pour chacun quelques paragraphes à la fois légers et instruits, qui racontent l’endroit, l’événement qui s’y est noué ou le personnage qui l’a rendu célèbre[2:1]. Comme les lieux du jour partagent tous une même date dans l’histoire, on en ressort avec un petit fil rouge, une poignée d’anecdotes qui tiennent ensemble. Le testeur de TechCrunch raconte ainsi une journée bâtie autour d’Ibn Battuta, ce voyageur marocain du XIVe siècle qui avait arpenté le monde connu bien avant qu’on en fasse un jeu.
L’air de rien, on termine la partie en sachant quelque chose qu’on ignorait au réveil, sans avoir ouvert le moindre manuel. J’aime par-dessus tout cette manière d’instruire sans en avoir l’air, comme Wordle glisse un mot rare dans la journée sans jamais prendre le ton du professeur. Le savoir entre par la petite porte, celle du jeu, et c’est souvent par là qu’il passe le mieux.
Deviner vaut mieux que sécher
Le genre est encombré, entre Worldle, Globle et la ribambelle de clones qui fleurissent depuis le triomphe de Wordle. Leur défaut commun tient en un mot, l’impasse, car dès que la réponse vous échappe, vous voilà coincé, la main tendue vers un moteur de recherche qui gâche aussitôt le plaisir[2:2]. MapTap contourne l’écueil avec une idée simple, puisqu’on peut toujours tenter sa chance en plaçant un point au jugé, puis apprendre de la distance affichée plutôt que de rester le bec dans l’eau. La recherche se change en exploration, et l’échec lui-même finit par enseigner quelque chose.
Le reste relève de l’héritage assumé de Wordle. À la fin de chaque partie, MapTap vous tend un petit bandeau de symboles et votre score du jour, prêt à recopier pour narguer vos proches ou alimenter une série de victoires quotidiennes. La mécanique est connue, redoutablement efficace, et l’on se surprend vite à comparer ses résultats au petit-déjeuner comme d’autres commentent la grille de mots croisés.
Un projet de week-end devenu rituel
Derrière MapTap, pas de studio ni de grande maison du jeu vidéo, mais un développeur, John Donham, qui l’a bricolé sur ses week-ends il y a près de deux ans pour se remettre à la programmation, inspiré par Wordle, Waffle et Framed[3]. Le jeu reste gratuit, financé par une formule facultative baptisée MapTap+ qui débloque le zoom détaillé, l’accès aux parties passées, les groupes privés et l’entraînement sur mesure, pour environ trois dollars par mois[1:1]. Sur l’App Store, les joueurs lui décernent 4,9 sur 5, ce qui, pour un passe-temps né d’une lubie de fin de semaine, n’a rien d’anecdotique[1:2].
Je tiens décidément aux jeux qui ne cherchent pas à m’essorer, ceux où l’on photographie une mouette plutôt que de l’abattre, comme le petit monde sans danger d’Alba. MapTap appartient à la même famille tranquille, celle des plaisirs qui vous laissent un peu plus savant qu’ils ne vous ont pris. Je vous abandonne donc ici, car j’ai cinq lieux à retrouver avant demain et la nette intuition que les Kiribati vont, une fois encore, me coûter cher.
MapTap.gg sur l’App Store (en anglais), description, tarifs et notes consultés en juin 2026. ↩︎ ↩︎ ↩︎
TechCrunch, « MapTap, a daily geography game, is my new Wordle » (en anglais), 18 juin 2026. ↩︎ ↩︎ ↩︎
John Donham, l’annonce de MapTap sur LinkedIn (en anglais), 2024. ↩︎