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Songs of the Past donne à Geralt une dernière chasse

CD Projekt a montré à Cologne la troisième extension de The Witcher 3, offert les deux premières et promis pour septembre un remaster gratuit du jeu.

Lundi, je racontais ici soixante-dix heures passées à Night City pour en ressortir tiède. Mardi soir, à Cologne, le même studio montrait les premières images de Songs of the Past, la troisième extension de The Witcher 3, et l’appétit m’est revenu d’un coup. Comme quoi je n’en voulais pas à CD Projekt, seulement à sa ville.

De The Witcher 3, je garde un trophée de platine, extensions comprises, et le souvenir d’un jeu retourné dans tous les sens sans jamais m’ennuyer. Autant dire que l’annonce tombe sur le client le plus facile du monde, et le studio en a remis une couche en dévoilant dans la foulée un remaster gratuit pour le 29 septembre, si bien que je rallumerai le vignoble bien avant 2027.

Illustration officielle de l’extension. Geralt, cheveux blancs et armure de cuir clouté, tient devant lui une épée d’argent striée de sang, tandis qu’une créature décharnée aux membres de bois surgit de la brume et des arbres morts derrière lui. À droite, le logo de The Witcher 3 Wild Hunt et le bandeau Songs of the Past.
L’illustration officielle de l’extension, l’épée d’argent déjà de sortie et une créature sylvestre qu’on ne croise jamais par hasard (illustration CD Projekt Red).

Dix ans après Toussaint, Geralt reprend la route

Blood and Wine était sortie le 31 mai 2016 et refermait proprement l’affaire, le sorceleur rangé dans son vignoble de Toussaint avec la bénédiction générale. CD Projekt a rouvert le dossier le 27 mai 2026, presque dix ans jour pour jour, et encore, un peu malgré lui, puisque l’annonce a fuité la veille par son propre lanceur de jeux, le studio reconnaissant du bout des lèvres avoir « trouvé quelque chose auquel on ne s’attendait pas encore sur le RED Launcher »[1].

L’extension paraîtra en 2027 sur PC, PS5, Xbox Series et Switch 2, un an plus tard que prévu, son codirigeant expliquant avoir tranché avec l’équipe pour « obtenir le meilleur résultat possible du point de vue des joueurs »[2]. Elle est co-développée avec Fool’s Theory, studio polonais fondé par des vétérans du troisième épisode et déjà chargé du remake du tout premier Witcher[3]. CD Projekt insiste par ailleurs sur le mot extension plutôt que sur celui de DLC, réservé chez lui aux petits ajouts gratuits comme les tenues, quand une extension promet une histoire, des personnages et « beaucoup d’heures de jeu »[4]. Le gabarit visé est celui de Blood and Wine, autant dire de vraies retrouvailles et non un chapitre bonus.

La bande-annonce de Cologne emmène le sorceleur à Letten, une contrée inédite que le studio présente comme une terre de traditions rurales et de folklore, généreuse en récoltes et en fêtes, sous laquelle dort un mal ancien[5]. On y voit des couronnes de fleurs, un village en liesse et une créature d’écorce qui apostrophe Geralt, « viens, porteur d’épée, fléau des bêtes », dans une ambiance de Midsommar où l’on comprend assez vite que la moisson ne se fêtera pas jusqu’au bout.

Le sorceleur y gagne aussi une arme, une chaîne qui ramène l’ennemi à portée avant de lui trancher la tête dans le même geste. Miles Tost, responsable du level design, a rappelé qu’elle apparaissait déjà dans l’introduction du tout premier Witcher, clin d’œil réservé à ceux qui ont commencé la saga en 2007[6]. Doug Cockle reprend quant à lui la voix anglaise qu’il prête au sorceleur depuis ce même épisode, ce qu’il avait laissé deviner fin juillet en publiant une photo de cabine d’enregistrement, sobrement légendée « je rends juste visite à un vieil ami, et à Ablette bien sûr »[7].

Onze ans après sa sortie, le jeu s’est écoulé à plus de 65 millions d’exemplaires[8], et l’on comprend qu’un studio hésite à laisser dormir pareille poule aux œufs d’or.

CD Projekt remastérise et oublie de sortir la facture

L’autre moitié de l’annonce vaut son pesant de couronnes. The Witcher 3 recevra le 29 septembre une version remastérisée, gratuite pour qui possède déjà le jeu sur GOG, Steam, l’Epic Games Store, PS5 ou Xbox Series, et les deux extensions d’origine, Hearts of Stone et Blood and Wine, sont désormais offertes à tous les propriétaires du jeu de base, sans même attendre septembre[9].

Co-développé avec le studio Yigsoft, le remaster va plus loin qu’une couche de peinture, puisqu’il retouche le combat avec un ciblage revu et des rapprochements plus fluides, refond l’arbre de compétences, change les effets des signes, revoit la conduite d’Ablette et le comportement des monstres. La transmogrification s’invite au passage, autrement dit la possibilité de garder les statistiques d’un équipement en lui empruntant l’allure d’un autre, de sorte qu’on pourra enfin porter l’armure qui protège sans ressembler à un épouvantail.

Sur PC, le jeu passe nativement à DirectX 12 et gagne un mode d’éclairage en path tracing, technique qui simule le trajet de chaque rayon lumineux au lieu de l’approximer, avec DLSS 4.5, FSR 4 et XeSS 2 pour amortir la facture en images par seconde[10]. Rares sont les titres de cet âge à s’offrir en 2026 l’éclairage le plus gourmand du moment.

Deux plateformes s’ajoutent le même jour. Une version native sort sur Switch 2, sept ans après le portage acrobatique de la première Switch, et le jeu débarque sur Battle.net au titre d’un partenariat avec Blizzard qui offrira une apparence de Geralt dans Diablo IV à qui achètera l’extension sur la boutique[11]. Voir le sorceleur découper des démons chez Blizzard ne figurait pas sur ma liste de 2026.

Un jeu de 2015 qui réclame Windows 11

Cette générosité se paie tout de même, en matériel. Pour accueillir le remaster, CD Projekt relève la configuration minimale de The Witcher 3 à Windows 11, un SSD de 70 Go et 12 Go de mémoire, abandonnant au passage DirectX 11 comme les disques durs mécaniques, le studio invoquant la fin du support de Windows 10 et le besoin de suivre « les améliorations techniques et le matériel moderne »[12]. Un jeu de onze ans qui durcit ses exigences en 2026, voilà qui inverse l’ordre habituel des choses.

Ma machine de juin encaissera sans broncher, ce qui tombe bien, renouveler son matériel en ce moment coûtant un rein. Pour qui joue encore sur disque dur et sous Windows 10, le studio laisse la possibilité de revenir à une version antérieure du jeu, autrement dit de rester en 2015 pendant que les autres passeront à la cuvée 2026.

Pourquoi j’ai platiné l’un et bâillé devant l’autre

Reste à comprendre pourquoi j’accepterais tout cela pour ce jeu-là, quand le précédent du même studio ne m’a pas retenu. Dans The Witcher 3, j’ai perdu des soirées entières à courir après des cartes de Gwent pendant que le Continent attendait poliment qu’on vienne le sauver, j’ai suivi la quête du Baron Sanglant jusqu’à une fin dont on ne ressort pas indemne, et j’ai fini par décrocher ce platine qui suppose d’avoir fouillé chaque marais. J’y ai même tranché entre Triss et Yennefer avec le sérieux d’un conseil de famille, sans oublier cette licorne empaillée sur laquelle la seconde entraîne Geralt, scène de romance dont le jeu n’a jamais songé à s’excuser. Dans Night City, j’ai décroché tout court.

La fantasy explique une partie de l’écart, je le disais lundi, puisque la science-fiction m’a toujours laissé sur le quai. Je soupçonne surtout la caméra. Cyberpunk 2077 se joue à la première personne, si bien qu’on ne connaît de son propre personnage que deux mains et un reflet de temps à autre, alors que Geralt occupe l’écran en permanence, avec sa démarche lourde, ses cicatrices et sa manière de ranger l’épée sans se retourner.

Le cadrage n’explique pourtant pas tout, puisque V reste un costume qu’on taille à sa mesure quand Geralt existait avant nous, avec sa voix rocailleuse et une bibliothèque entière derrière lui. On ne joue pas un personnage écrit comme on enfile un avatar.

Ciri prend la relève et ça va me faire drôle

C’est ce personnage-là que CD Projekt s’apprête à mettre à la retraite. The Witcher 4 vise 2028, comme l’a confirmé le codirigeant Michał Nowakowski dans une vidéo publiée lundi, plus de cinq cents personnes travaillant déjà dessus, et il reconnaît lui-même que l’attente sera longue[13]. Ciri y sera l’héroïne, devenue sorceleuse à part entière, et Songs of the Past tient lieu de passerelle entre les deux sagas, un « prologue, pas au sens littéral du terme »[14] où Geralt reprend du service une dernière fois.

J’adore Ciri, que le troisième épisode laisse déjà incarner par intermittence, et je n’ai aucun doute sur sa capacité à porter une saga entière. Il n’empêche qu’on prend l’habitude de ce sorceleur bourru qui râle contre les portails et refuse de choisir un camp. Le voir passer le témoin me fera tout drôle, même s’il part en de bonnes mains.

Pas question, en revanche, de tout reprendre depuis le début, faute des cent heures que je n’ai pas plus sous la main qu’au moment de Guild Wars 3. Ma sauvegarde de platine m’attend là où je l’ai laissée, Geralt installé dans son vignoble, et c’est de là que je repartirai. Je serai rouillé, il faudra réapprendre les signes, remettre le nez dans les potions et me rappeler laquelle des deux épées sert contre quoi, mais retrouver cet univers vaut bien quelques heures de rééducation. Le vignoble n’aura même pas à tenir jusqu’en 2027, puisque le 29 septembre me donne déjà une raison de rentrer.


  1. L’annonce a échappé au studio la veille de son direct anniversaire, épisode raconté le 27 mai 2026 par GamesRadar+ (en anglais). ↩︎

  2. Michał Nowakowski, lors de la présentation des résultats trimestriels, cité par GameSpot (en anglais). ↩︎

  3. Le communiqué officiel présente Fool’s Theory comme une équipe de vétérans ayant travaillé sur The Witcher 3 (en anglais). Le studio est aussi aux commandes du remake du premier jeu, annoncé en octobre 2022 (en anglais). ↩︎

  4. La distinction entre DLC gratuit et extension payante est détaillée par CD Projekt dans un échange rapporté par GamesRadar+ (en anglais). ↩︎

  5. Letten est décrite dans le communiqué du 25 août 2026 comme une terre idyllique de traditions rurales cachant un sombre secret, et la bande-annonce est racontée plan par plan par Game Informer (en anglais). ↩︎

  6. Miles Tost identifie la chaîne comme l’arme de l’introduction du premier Witcher, propos rapportés par Game Informer (en anglais). ↩︎

  7. La photo du 29 juillet 2026 et la réponse du compte officiel de la saga sont rapportées par Video Games Chronicle (en anglais). ↩︎

  8. Le communiqué de la gamescom 2026 revendique plus de 65 millions d’exemplaires vendus depuis 2015 et plus de 250 prix du jeu de l’année (en anglais). ↩︎

  9. Le communiqué du 25 août 2026 détaille la date, les plateformes, la gratuité de la mise à niveau, les extensions offertes et la liste des changements (en anglais). ↩︎

  10. Le détail des apports PC, du path tracing aux technologies de mise à l’échelle, est recensé par DSOGaming (en anglais). ↩︎

  11. CD Projekt raconte ce rapprochement avec Blizzard, et l’apparence de Geralt qui va avec, sur son blog (en anglais). La suite se dévoilera à la BlizzCon, en septembre. ↩︎

  12. Les nouvelles exigences figurent sur la page d’assistance officielle de CD Projekt (en anglais). ↩︎

  13. La vidéo de Michał Nowakowski du 24 août 2026 est rapportée par GamesRadar+ (en anglais). ↩︎

  14. La formule est du codirigeant Piotr Nielubowicz, lors d’une présentation aux investisseurs relayée par GameSpot (en anglais). ↩︎

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