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Midjourney rêve d’une IRM à la vitesse d’un spa

Midjourney annonce un scanner corporel à ultrasons en une minute, dans un spa de San Francisco fin 2027. La prouesse est réelle, le diagnostic n’y est pas.

J’ai relu l’annonce deux fois pour vérifier que ce n’était pas, justement, une image générée. Midjourney, le générateur d’images qu’on associe aux portraits trop lisses et aux paysages impossibles, se lance dans l’imagerie médicale. Et pas en dessinant des radios, non. Avec une vraie machine, qui prétend cartographier l’intérieur de votre corps en une minute, là où une IRM complète prend souvent plus d’une heure1. L’entreprise rêve d’une technologie « aussi puissante qu’une IRM et aussi anodine qu’un passage au spa »2. Il y a des reconversions qui laissent songeur.

Deux rendus 3D d’un torse humain translucide laissant voir le squelette et les organes colorés, os, poumons, foie, reins et tube digestif, sous le titre « All Segmented Structures ».
Les deux vues du torse produites par le scanner de Midjourney, organes détourés et étiquetés (capture de la vidéo officielle de Midjourney Medical).

Un générateur d’images qui s’attaque aux vôtres

Le principe ne doit pourtant rien à la génération d’images. Vous montez sur une plateforme qui s’enfonce doucement dans un bassin d’eau peu profonde. Elle vous fait traverser un anneau de capteurs, qui sondent le corps un peu comme un dauphin repère ce qui l’entoure en écoutant l’écho de ses cris2. Il y en a un demi-million, grands comme des grains de sable, chacun tour à tour minuscule haut-parleur et minuscule micro. Ils bombardent le corps d’ondes sonores sous tous les angles, et de cette avalanche d’échos naît une carte de ce qui se passe à l’intérieur. Pas de rayons, pas d’aimant géant, une soixantaine de secondes2.

Les puces viennent de Butterfly Network, un fabricant d’échographes de poche dans lequel Midjourney a misé plus de 74 millions de dollars3. L’objectif affiché est de déployer 50 000 appareils dans le monde d’ici 20314. Son fondateur, David Holz, ne s’embarrasse d’aucune prudence et juge la machine « à bien des égards supérieure même aux IRM »5. L’annonce, elle, promet qu’avec assez d’imagerie précoce, le monde « éviterait 30 % des décès et 50 % des dépenses de santé »2. Rien que ça.

Le spa qui se rêve hôpital

C’est là que ça devient franchement bizarre. Le premier appareil n’ouvrira pas dans un hôpital, mais dans un « Midjourney Spa », attendu fin 2027 près d’Union Square, à San Francisco. Neuf ou dix scanners y côtoieront des saunas, des bains chauds et des bains glacés5. L’entreprise vante des « bassins de lumière dorée » qui caressent le corps, et présente le scan comme un simple « effet secondaire » de la détente2. On ne sait plus trop si on vend un examen ou une thalasso. Débusquer une tumeur entre deux passages au sauna, vous voyez le tableau ?

Une IRM sans IA, ni tout à fait une IRM

Reste la question qui fâche, celle des hallucinations, ces erreurs qu’une IA invente avec aplomb et qu’on redoute dès qu’elle s’approche d’un diagnostic. Ironie de l’histoire, le scanner n’en utilise presque pas. Holz le reconnaît lui-même, « nous n’utilisons même pas encore d’IA là-dedans, juste du matériel et du logiciel franchement épatants »5. Pour l’instant, l’apprentissage automatique se contente de détourer et d’étiqueter les organes sur l’image, exactement ce que montre la capture plus haut2. Pas de lésion imaginaire à craindre, donc, tant que le diagnostic reste à distance.

Le vrai malaise est ailleurs. D’abord, l’étiquette « corps entier » sonne bien mais trompe, puisque les ultrasons ne traversent pas le crâne et ne verront jamais le cerveau comme une IRM5. Ensuite, passer des gens en bonne santé au scanner à la chaîne, la médecine regarde ça de travers depuis longtemps. Ça multiplie les faux positifs, ces anomalies qui n’en sont pas, et les découvertes fortuites qui mènent à des examens stressants, parfois invasifs, le plus souvent inutiles5. Pour l’heure, ce prototype dresse seulement des cartes de composition du corps. Il devra encore convaincre la FDA, l’autorité américaine du médicament, avant de prétendre au moindre diagnostic2.

Je suis partagé, et je pense qu’il y a de quoi. La prouesse d’ingénierie est bien réelle, et troquer une heure d’IRM bruyante et coûteuse contre une minute dans l’eau tiède, qui dirait non ? Sauf qu’entre une démo filmée et un appareil auquel des radiologues feront confiance, il y a un gouffre que ni la « lumière dorée » ni les superlatifs ne comblent. On a déjà vu l’IA se faire applaudir pour une annonce spectaculaire bien avant le moindre produit. En attendant le verdict des autorités, je retiens surtout l’image d’un fabricant de rêves de synthèse qui veut maintenant nous montrer, pour de vrai, ce qu’on a dans le ventre. Reste à savoir si on tient tellement à le voir.

Notes

  1. Engadget, « Midjourney, the AI image generator, is developing a full-body ultrasonic scanner » (en anglais), juin 2026. ↩

  2. Midjourney, « A New Era of Midjourney » (en anglais), l’annonce officielle de Midjourney Medical, juin 2026. ↩ ↩2 ↩3 ↩4 ↩5 ↩6 ↩7

  3. Radiology Business, « AI lab Midjourney investing over $74M to launch whole-body ultrasound screening business » (en anglais), juin 2026. ↩

  4. L’annonce vise aussi le milliard de scans par mois. Pour vous donner une idée, ça ferait passer chaque humain sur Terre à la machine environ une fois tous les huit mois. Le spa devra prévoir des serviettes. ↩

  5. The Next Web, « Midjourney’s full-body scanner, big claims, no track record » (en anglais), juin 2026. Le spa ferait quelque 2 300 m². ↩ ↩2 ↩3 ↩4 ↩5

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