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Clair Obscur peint le plus beau des RPG

Un ami en quête de RPG m’a fait reparler du jeu qui m’a le plus marqué, Clair Obscur: Expedition 33, dont j’écoute en boucle les huit heures de bande originale.

Un ami m’a demandé hier de lui conseiller un jeu. Il avait déserté les manettes depuis un moment, se disait plutôt porté sur le jeu de rôle, et gardait de son dernier coup de cœur, The Witcher 3, le souvenir de ces fréquentations qu’on ne quitte pas sans regret, un jeu que j’ai moi-même platiné en son temps. Ces vacances me laissent un peu de répit, puisque ma fille, avec qui je partage d’ordinaire la manette, passe désormais plus de journées chez ses grands-parents, si bien que je me suis remis à Cyberpunk 2077, que je découvre à l’heure où ses bugs sont corrigés et le jeu enfin optimisé, et dont je reparlerai sûrement ici. Moi qui craignais de ne jamais retrouver le temps de jouer, je savoure.

Un titre a pourtant fini par s’imposer dans la conversation, celui qui m’a le plus marqué ces dernières années, et pas seulement parce qu’il est français, même si je mentirais en prétendant que cela n’a pas joué. Clair Obscur: Expedition 33[1], je l’ai aimé de la première à la dernière minute, ce qui ne m’arrive plus si souvent.

Sur un promontoire rocheux, quatre personnages armés, vus de dos, contemplent un colosse de pierre surmonté d’un « 33 » de flammes, au milieu d’un paysage brumeux jonché de ruines flottantes et de pétales rouges.
L’affiche du jeu dit tout de son vertige, une poignée d’explorateurs face au « 33 » qui décompte les années qu’il leur reste (illustration Sandfall Interactive).

L’histoire que je n’ai pas zappée

J’ai un aveu à faire, d’ordinaire je passe les dialogues d’un jeu comme on saute les publicités, pressé d’en revenir à la manette. Clair Obscur a eu raison de ce travers. Son univers, bâti autour de la peinture et de ce qu’elle efface, m’a happé au point que je me suis surpris à écouter chaque réplique, puis à guetter la suivante. Je n’en dévoilerai rien, parce que l’univers vaut le détour et mérite qu’on le découvre soi-même, mais sa prémisse tient en une phrase d’une simplicité cruelle, une expédition part chaque année repousser l’échéance, et la trente-troisième est la vôtre. Le reste se mérite.

Le tour par tour se remet à danser

Côté manette, Clair Obscur réussit un pari que je croyais perdu, rendre le tour par tour de nouveau désirable. On choisit ses actions comme dans un jeu de rôle classique, sauf que rien n’y est passif, puisque chaque attaque adverse se pare, s’esquive ou se contre en temps réel, à la fraction de seconde près[2]. Le tout tient autant du jeu de rythme que du RPG, et j’ai retrouvé là, moi qui use mes soirées sur les Souls, cette sensation de danse que je croyais réservée à l’action pure. Square Enix, qui a fini par renier le tour par tour de ses Final Fantasy, ferait bien d’y regarder à deux fois.

J’ai combattu les yeux fermés

Et puis il y a la musique. Signée Lorien Testard, elle marie l’opéra au métal sur plus de cent cinquante morceaux et huit heures de compositions, et je la fais encore tourner en boucle bien après avoir rangé la manette. Elle a depuis régné six semaines en tête du classement classique de Billboard et remporté le prix de la meilleure musique aux Game Awards[3]. Rien de tout cela ne m’étonne.

En combat, cette bande-son fait bien davantage que décorer. Les attaques ennemies s’annoncent autant à l’oreille qu’à l’œil, si bien que je me suis souvent fié au son pour placer mes contres, jusqu’à fermer les yeux sur les affrontements que je connaissais par cœur. Danser une esquive à l’aveugle, guidé par la seule musique, procure un plaisir que je n’espérais pas d’un jeu au tour par tour.

Tout n’est pas pour autant une promenade. L’un des derniers boss optionnels m’a paru d’une difficulté injuste, du genre qu’on ne franchit qu’en suivant un guide pour tout foudroyer avant d’encaisser le moindre coup, et une partie du contenu que le studio a ajouté gratuitement pour remercier ses joueurs[4] pousse la punition plus loin encore. J’y ai laissé quelques nerfs et une bonne part de ma fierté.

Ce qu’il vous en coûtera

Comptez une trentaine d’heures pour suivre l’histoire tout droit, une cinquantaine en flânant dans les quêtes annexes, et jusqu’à soixante-dix si, comme moi, vous tenez à en retourner chaque pierre[5]. Le jeu a raflé neuf récompenses aux Game Awards, un record, jusqu’au titre de jeu de l’année[6], si bien que vous n’avez sans doute pas attendu ma bénédiction pour vous y mettre. Mais si l’univers vous avait échappé, sautez le pas, d’autant que l’histoire referme sa dernière porte en laissant filtrer un peu de lumière, et que je guette déjà ce qu’on peindra ensuite.

Bravo, donc, aux développeurs, aux musiciens, à tout ce qui tient cet édifice debout. Vos trophées sont mérités jusqu’au dernier.

Weeeeee.


  1. Clair Obscur: Expedition 33 est le premier jeu de Sandfall Interactive, studio montpelliérain fondé en 2020, sorti le 24 avril 2025 et écoulé à deux millions d’exemplaires en douze jours. ↩︎

  2. Xbox Wire détaille ce tour par tour « réactif », où l’on pare et esquive en temps réel, dans « A Detailed Breakdown of its Painterly RPG Combat » (en anglais). ↩︎

  3. La page Wikipédia consacrée à la musique du jeu (en anglais) détaille les cinq ans de travail de Lorien Testard, sa première place au classement classique de Billboard et son prix de la meilleure musique aux Game Awards 2025. ↩︎

  4. La mise à jour « Thank You », gratuite et publiée le 12 décembre 2025, ajoute zones, quêtes et boss encore plus coriaces pour remercier les joueurs, comme le détaille Forbes (en anglais). ↩︎

  5. Durées médianes relevées sur HowLongToBeat. ↩︎

  6. Clair Obscur: Expedition 33 a décroché neuf prix aux Game Awards 2025 sur treize nominations, dont celui de jeu de l’année, un record pour un seul titre, comme le rapporte NPR (en anglais). ↩︎

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